La bulle
Un petit espace, un petit moment. Un grand souffle.
La première fois, on ne sait pas trop ce qu’on va trouver. Peut-être pas bien non plus ce que l’on vient chercher.
Espace-temps qui fond sous la plume du stylo. Un faille spatio-temporelle dans le quotidien, des nouvelles rencontres à la pelle. Des êtres de papier, surtout, et puis quelques-uns de chair aussi. Pas beaucoup, mais dont on connaîtra bientôt la plume, les tournures, les adjectifs qui reviennent, des thèmes en ritournelles. Ce sera « son » texte, sans aucun doute possible.
Des jeux pour commencer : des mots en bocaux, des listes échangées, des syllabes entortillées… tout autour d’une tasse de thé. Le jour baisse au dehors, on est sous le soleil de Tunis, la pluie bat le toit, le désert se déroule à nos pieds. L’actualité glace, ici les étoiles inventent de nouvelles galaxies.
Des chemins de campagne, des ascenseurs de buildings, des rivières qui roulent mille mots, des jeunes filles fraîches, de plaisants méchants, des bourgeois avec canne à pommeau. Et des animaux, ils parlent, songent, et côtoient des vampires à l’habit sur mesure qui dansent avec des marquises du temps jadis. Ça roule à pleine vitesse sur l’autoroute des mots, déferlante, presque inquiétante.
On met un peu d’ordre alors. Car il faut choisir, ne garder pour le papier d’aujourd’hui que quelques-uns de tout cela. Mais tous ces possibles ont existé et restent tapis au plus près. La prochaine fois peut-être que ce sera à moi, susurre le vampire. Certainement pas, riposte la marquise, j’y vais d’abord, en même temps que le cow-boy, le bateau à vapeur et les vapeurs d’orange !
On agence, ou pas, on gratte le papier, intensément, confusément, vite vite c’est toujours trop court et il est déjà temps de lire. On s’extrait peu à peu, un peu cotonneux. Puis on est prêt pour plonger dans les mondes des autres, être emporté qui sait ? On fait sien un mot, une idée. On serait presque rassasié. Mais jamais tout à fait. Car il y a la promesse de la semaine prochaine…
On descend de la capsule. Attention, parfois l’atterrissage est un peu rude. Sur le parking, on agite ses clés de voiture, comme pour faire tinter le retour à la réalité. On regarde la bulle s’éloigner. Va-t-elle éclater ?
A-t-on rêvé ? Non, on a enfin osé pousser la porte de l’atelier.
Magali
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La patronne des plumes tient un troquet Où viennent, les mots passants, boire un café. Ils sifflent de l'encre, ils se posent sur la branche. Ils volent au vent, Ils enchantent. Ça pépient à tout va, ça rap, ça slam. Ça s'la ramène du bec (du lièvre et de la tortue) Au passage, ça attrape les bonnes âmes. Ça se déverse comme une bibliothèque. Ça diversifie la versification actuelle. Ça module le son des mots du bout des ailes. Ça mangeoire sur le fil du vocabulaire. Ça se perche sur la balançoire des mots. Ça n'en a pas l'air Mais ces écritures nous tombent de haut. La Pat patronne, Tient un toc toc troc troquet. On se croirait à Babylone. On y trouve de drôles de perroquets. Qui criaillent des jolis mots. Ça pupute comme des huppes. Ça mitraille, ça frappe, ça uppercut Les phrases se dessinent au bout de leurs pinceaux. Ils trempent leurs plumes, dans l'arc en ciel du vocabulaire Ils volètent en arabesque, en état de guerre littéraire. On trouve de la plume à tous les étages Des perchoirs avec de drôles d'équipages Tous motivés, tous prêts à partir en voyage En voisinage de nouveau paysage. Ils s'agglutinent au « contoir ». On vient de loin, écouter leurs histoires. Ils se piffent du champ des possibles, ils s'opposent aux étanches. Ils collent aux temps, ils réenchantent. Écoutez bien. C'est la patronne qui régale. Elle nous sert des tournées générales. Des propositions à boire, des paroles à libérer Écoutez bien, ce qui sort de ses ateliers. Vous voulez savoir le nom de ce café ? Artistes de truc en plume Venez boire nos paroles. Ni bobos, ni people, C'est ouvert par tous les temps de conjugaison Par-delà les raisons De ne pas écrire. Marie-Anne